Donald Trump réélu : quelles répercussions sur l’Europe ?
- Frédéric Lucaussy Sviatopolk-Mirsky
- 15 mars
- 4 min de lecture

Donald Trump réélu : quelles répercussions sur l’Europe ?
La scène politique mondiale de ce début 2025 a connu une secousse de grande ampleur : Donald Trump a pris les rênes de la première puissance mondiale pour un second mandat. À l’aube de cette nouvelle ère, quelles seront les premières répercussions pour le Vieux Continent ?
Retour sur un premier mandat sous tension
Lors de son arrivée à la Maison-Blanche en 2017, le locataire du Bureau ovale n’a pas hésité à défier les nations membres de l’Union européenne. L’une des mesures les plus emblématiques de sa politique protectionniste fut l’instauration de droits de douane de 25 % sur l’acier et 10 % sur l’aluminium. Aujourd’hui, cette menace commerciale refait surface. D’un protectionnisme léger lors de son premier mandat, l’UE risque désormais de faire face à une plus grande importance de celui-ci au sein de la nouvelle administration Trump.
Une guerre économique assumée

Les chiffres ont beau diverger, les Etats-Unis sont la première destination d’exportation de l’Union européenne. Cependant, la répartition de ce trafic reste inégale. En 2024, selon le département américain au Commerce, le déficit des États-Unis vis-à-vis de l’Union européenne atteignait environ 200 milliards de dollars. Donald Trump avance un chiffre bien plus alarmant de 350 milliards, tandis que Bruxelles estime l’écart à seulement 50 milliards. Ces chiffres sont d’autant plus difficiles à apprécier compte tenu de la très grande utilisation par les européens de services numériques américains, dont la comptabilisation est complexe.
S’appuyant sur cet argument, le magnat de l’immobilier défend une hausse des taxes douanières sur l'importation de produits, dénonçant un déséquilibre dans les pratiques commerciales . “L’Union européenne est très mauvaise pour nous. Ils nous traitent mal, n’achètent pas nos voitures ni nos produits agricoles. En fait, ils ne prennent pas grand-chose”, martèle-t-il. Ainsi, des surtaxes de 10 à 25 % sur les marchandises en provenance de l’étranger sont envisagées (déjà en vigueur sur les produits canadiens et mexicains). Les principaux secteurs qui pourraient subir cette hausse sont, d’après le magazine Forbes, l’aéronautique, les médicaments ainsi que le luxe, vins et spiritueux. Cette menace, s’il elle parvenait à se concrétiser, pourrait avoir des conséquences catastrophiques : en effet, ces trois domaines représentent la plus grande part des exportations françaises outre atlantique en 2023, avec 35,3% de ces-dernières, soit 15,1 milliards d’euros.

Le président américain justifie également sa politique par le déséquilibre des contributions au sein de l’OTAN. Il reproche aux membres de l’alliance de ne pas respecter l’objectif fixé dans la charte à 2 % du PIB pour les dépenses militaires par pays. En 2024, seuls 18 des 31 États membres atteignent ce seuil, la France se situant à 1,9 %. Cette situation lui sert de levier pour menacer d’un retrait des États-Unis de l’organisation, alors même qu’ils en constituent le pilier principal. Dans le secteur militaire et des relations internationales, le POTUS s’est rapproché du président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine, tout en faisant part d’une éventuelle menace concernant le soutien des Etats Unis à l’Ukraine, essentiel depuis le début de la guerre pour assurer la souveraineté de l’est européen.
Aussi, Trump fustige la politique administrative et fiscale du marché européen, notamment la TVA, qu’il juge excessive. En effet, cette taxe n’y existe pas. Cette critique s’étend aux géants du numérique américains, tels que les GAFAM - qui ont un poids politique non-négligeable - dont l’expansion sur le continent se heurte à des régulations strictes et des amendes colossales, s’élevant à près de 30 milliards d’euros sur les 20 dernières années.
Une menace pour l’économie européenne
Un durcissement des barrières commerciales pourrait fragiliser l’économie des Vingt-Sept. En 2023, les exportations vers l’autre rive de l’Atlantique s’élevaient à près de 503 milliards d’euros, et le volume total des échanges atteignait 1 500 milliards, soit près de 30 % du commerce mondial. Une nouvelle vague de sanctions douanières risquerait de porter un coup sévère aux entreprises européennes.
Quelle réaction pour l’Union européenne ?

Face à ces tensions croissantes, le Premier ministre polonais Donald Tusk résume l’enjeu en une phrase : “Si l’Europe veut survivre, elle doit s’armer.” Emmanuel Macron, de son côté, plaide pour une souveraineté accrue afin de faire face aux futures décisions de Washington, en défendant une Europe forte et unie. L’économiste et prix Nobel Joseph Stiglitz met en garde :
“Entre Trump et l’Europe, il ne s’agit pas d’une guerre économique, mais politique.” Dans ce contexte, Ursula von der Leyen adopte une position nuancée. La présidente de la Commission européenne oscille entre la volonté de réaffirmer la puissance du Vieux continent et le maintien d’un dialogue transatlantique en se basant sur les valeurs communes qui lient les deux blocs depuis plusieurs décennies. Enfin, l’Union européenne pourrait diversifier ses partenariats commerciaux pour limiter sa dépendance aux États-Unis. La Chine apparaît comme un partenaire stratégique potentiel, offrant des opportunités d’échanges susceptibles d’amortir les effets d’éventuelles tensions commerciales. De plus, la politique trumpienne pourrait être à l’origine d’une vague inflationniste aux USA, ce qui pourrait conduire le président américain à reconsidérer ses positions sous la pression populaire.